Dans la colonne d’aujourd’hui, je vous propose de parler des faux-amis en français et en espagnol car ils sont toujours un problème et sujet à confusion! La valeur des mots évolue avec le temps au sein même de notre propre langue. Prenons l’exemple, du mot « vilain ». Aujourd’hui, ce mot est employé comme adjectif ou comme nom et peut signifier aussi bien « méchant » que « laid, moche, ou désagréable à voir » alors qu’au Moyen-Âge, il désignait une personne qui appartenait à la campagne, aux gens de roture et était un paysan libre.

Il est possible que deux langues utilisent un même terme mais chacun dans un sens différent. Par exemple : « quitter » en français et « quitar » en espagnol. Le premier signifie « partir, s’en aller d’un endroit » alors que le deuxième signifie plutôt « prendre quelque chose, s’en emparer voir même le voler ». Cependant, quelques fois, la valeur peut coïncider dans l’autre langue pour un terme qui est polysémique comme « tirer » et « tirar », c’est alors ce que l’on appelle des faux-amis. Geogres Mounin dans son Dictionnaire de Linguistiquedit que le terme « faux-amis » désigne des mots d’étymologie et de forme semblable mais de sens partiellement ou totalement différents. Robet Galisson dans son Dictionnaire de didactique des languesdéfinit les « faux-amis » comme des « mots qui se correspondent d’une langue à l’autre par l’étymologie et par la forme, mais qui […] ont pris des sens différents ». Plusieurs classements sont possibles mais nous allons rester sur une approche des termes les plus fréquemment usité et sur lesquels les apprenants de langue se trompent.

Tout d’abord, parlons de quelques termes qui ont la même origine dans les deux langues mais dont le sens est différent. Le premier est celui dont nous avons parlé plus haut « quitter » et « quitar ». Il existe la même différence entre « discuter » et « discutir », les deux viennent de la forme latine « discutere » qui possédait une double signification : « secouer, rompre » mais aussi « séparer et examiner ». « Discuter » en français signifie « examiner quelque chose en débattant » ou « parler avec d’autres personnes en échangeant des idées ou des arguments sur un sujet » et il correspondrait en espagnol au mot « hablar ». Alors que « discutir » aurait plutôt le sens de « contester ou mettre en doute ».

On peut citer un cas particulier : le verbe « voler » en français et « volar » o « robar » en espagnol. Il existe une coïncidence dans les deux langues pour une des deux valeurs que possède le mot français « voler ». On parle de « voler » au sens de « robar », c’est-à-dire « dérober quelque chose qui ne nous appartient pas ». Le deuxième sens en français est celui de « se déplacer dans l’air ». Une discussion pourrait s’ouvrir sur la question de la polysémie du mot « voler » en français pour savoir s’il ne s’agit pas plutôt d’un homonyme. On peut citer Stephen Ullmann qui parle de deux sources possibles à l’homonymie : l’évolution divergente des sens et l’évolution phonique convergente. Il cite le cas du mot « voler » et soutient que la séparation entre les deux acceptions augmente tant que les liens peuvent se rompre et le mot peut se scinder en deux : « la polysémie cède alors le pas à l’homonymie » (Ullmann, Précis de Sémantique française, 221).  Rappelons que « voler » au sens de dérober est un emploi métaphorique du sens premier de « voler », c’est d’ailleurs la seule définition que l’on trouve de ce mot dans le dictionnaire, Le Littré.

Il existe aussi des termes qui ont une origine différente dans les deux langues mais qui présente la même graphie comme « sol ». En français, le « sol » vient du latin « solum » et correspond à « suelo » en espagnol. Alors que « sol » en espagnol vient du latin « sol, solis » et correspond au français « soleil ».  Il en va de même par exemple pour « salir ». En français, « salir » vient du francique et signifiait « trouble, terne » et il correspond en espagnol au mot « ensuciar ». En espagnol, « salir » vient du latin « salire » qui signifait « jaillir, sauter » et se traduit par le mot « sortir ».

Il existe aussi des mots avec des graphies différentes comme « bâtir » et « batir » et dont le sens varie aussi tout comme « coller » et « colar ». Mais pour ceux-là, je vous laisse travailler seuls ! Il existe grand nombre de faux-amis qui parfois viennent bloquer l’apprentissage de la langue et qui donne lieu à des traductions incorrectes dues à la confusion de mots proches en français et en l’espagnol. Que ce soit pour des traductions spécifiques ou des traductions littéraires, le problème reste le même. On peut citer le cas assez connu de la traduction de l’œuvre de Balzac, intitulée Le médecin de campagne,qui a été traduit par El médico de campañaau lieu d’avoir été traduit par El médico del pueblopar exemple.

Maïté: J’ai créé mon propre site internet : www.maite-abadie.fr où je partage les traductions que j’ai réalisée, et où j’écris des micros-nouvelles ainsi que de la poésie aussi bien en français qu’en espagnol. Je parle actuellement français (langue maternelle), espagnol (avancé), anglais (courant) et portugais (intermédiaire) et nahuatl (débutant). Les langues me permettent de voyager, de découvrir le monde et ses richesses culturelles, elles sont pour moi très importantes!

 

MOTS NOUVEAUX

EXPLICATIONS

Coïncider

Cela signifie s’accorder en tout point avec quelque chose, concorder, en parlant de quelque chose par exemple.

Polysémique

Il s’agit de l’adjectif du substantif « polysémie ». Il s’agit d’un terme qui présente plusieurs sens. Les mots les plus fréquemment utilisés sont le plus souvent polysémiques. La monosémie est le contraire et caractérise des vocabulaires scientifiques et techniques.

Se tromper

Cela signifie, commettre une erreur.