Dans la colonne d’aujourd’hui, je vous propose de parler de voyage ! J’adore voyager et partir à la rencontre de nouvelles cultures. Pour voyager à l’étranger, parler une autre langue est presque obligatoire. Il s’agit souvent de l’anglais qui est considérée comme la langue de communication universelle bien qu’il fut un temps glorieux où il aurait pu s’agir du français ! Pour cela, je vous propose un petit voyage à travers l’utopie flamboyante du linguiste Albert Dauzat qui proposait comme langue universelle, la bien connue, « langue de Molière ».

LearnFrench

Albert Dauzat a écrit un ouvrage intitulé La Défense de la langue française : la crise de la culture française, l’argot, la politesse du langage, la langue internationale[1]où il essaie en quelque sorte de nous convaincre de la supériorité du français comme langue universelle pour ne pas se tourner vers une langue unique artificielle comme  « l’esperanto ». Pour lui, « le français est le seul parler qui ait hérité de l’universalité du latin ; c’est le creuset dans lequel se sont élaborées toutes les grandes conceptions de la pensée humaine ; c’est ce langage qui a traduit, depuis la Renaissance, toutes les aspirations de l’homme vers la justice, la liberté, le règne de la raison » (La Défense de la langue française, 266).

Mais l’anglais règne déjà à l’époque où Dauzat écrit son pamphlet, on pourrait donc considérer que son œuvre arrive trop tard ! Cependant, Paul Chapellier au début du XX siècle avait fait une proposition assez étrange d’une alliance internationale entre l’anglais et le français au Congrès international pour l’enseignement des langues vivantes : “En vertu d’une convention entre la France, l’Angleterre et les Etats-Unis du Nord de l’Amérique, l’anglais sera obligatoirement enseigné en France, et le français en Angleterre et aux Etats-Unis, dans tous les établissements publics d’instruction (même dans les écoles primaires, mais dans des conditions spéciales et très restreintes)[2].”(La Défense de la langue française, 281). Dauzat s’exclame que le Congrès ne prenne pas le temps de s’y intéresser : « dédaigneusement, le Congrès refusa d’examiner ce projet, qui eut alors trop peu de retentissement » (La Défense de la langue française, 282). Néanmoins, les spéculations vont bon train quand plein d’espoir, il relate : « peut-être un jour se rapprocheront-ils tellement – au moins par l’écriture – que le problème (de la langue universelle) se trouvera ainsi résolu de fait »(La Défense de la langue française, 292-293). On remarquera une pensée dépassée surtout quand il mentionne que cette « langue internationale de l’avenir sera surtout visuelle et écrite, et servira principalement à échanger des communications graphiques par la lettre, le livre et le journal » (La Défense de la langue française, 293) si l’on se place dans une perspective actionnelle de l’apprentissage des langues où l’oral et la conversation sont placés au centre des préoccupations dans la communication verbale.


Nous conclurons tout de même cette colonne avec le pourquoi Dauzat considère le rapprochement du français et l’anglais comme étant approprié : “Le français, langue internationale de la littérature et de la conversation, donc de la diplomatie, des salons, du tourisme ; l’anglais, langue du commerce ; l’allemand, langue de certaines sciences dont il s’agirait de délimiter le domaine. Il serait même facile de faire une part à l’italien, langue de l’art musical » (La Défense de la langue française, 301). En fait, il s’agira plutôt d’une vision utopique de la construction artificielle d’une langue universelle qui allierait plusieurs langues… On remarquera que Dauzat ne cesse dans son œuvre de s’appuyer sur d’autres théoriciens et notamment sur l’allemand, Martien Molenaar qui estimait que :

De toutes les langues le français serait la plus apte pour servir de langue internationale, pour les raisons suivantes:

  1. C’est une langue de haute culture, claire, élégante et pas trop difficile
    2. Elle est la fille et l’héritière de la langue internationale du moyen-âge, le latin
    3. Elle a été, pendant des siècles et jusqu’à nos jours, la langue internationale des gouvernements, des diplomates, des lettrés et docteurs, des institutions internationales, des gens bien élevés de toutes les nations civilisées
    4. Elle est plus sympathique à la majorité de ces nations qu’aucune autre langue vivante
    5. Elle est déjà enseignée dans presque toutes les écoles supérieures du monde entier. (La Défense de la langue française, 271).

C’est donc sur ces belles paroles, que je vous laisse réfléchir et partager votre avis sur ce sujet passionnant qui est l’idée d’une langue unique de communication planétaire !

[1]On mentionnera l’œuvre sous le nom de La Défense de la langue française.

[2]Propos relatés par Albert Dauzat, dans La défense de la langue française.

Nombre: Maïté Abadie

Nacionalidad: Francesa

Actualmente, es doctoranda en literatura hispanoamericana en la BUAP, en México, en el estado de Puebla. También es profesora y coordinadora de francés en ZALOA LANGUAGES y traductora literaria.

 

MOTS NOUVEAUX

EXPLICATIONS

Flamboyante

C’est un adjectif pour dire que quelque chose est très brillant, spectaculaire.

Creuset

Il s’agit d’un lieu où diverses choses se mêlent et se fondent.

Pamphlet

Il s’agit d’un petit texte écrit en prose sur un ton polémique, violent et agressif.

Dédaigneusement

C’est un adverbe qui signifie avoir du mépris et cela s’exprime par l’attitude, le ton et/ou les manières.

Retentissement

C’est un adverbe qui indique le fait de faire retentir quelque chose avec force, c’est-à-dire qui se manifeste avec force, qui est bruyant.

Spéculation

C’est une construction abstraite, arbitraire et invérifiable de quelque chose. On peut parler par exemple, dans la finance, de « spéculations boursières ».